IDENTIFIER LES PARTIES PRENANTES : QUIZ INTRODUCTIF
Vous êtes chef de projet pour une société commercialisant des drones. Le directeur des ventes vous contacte car il s’inquiète des délais de livraison. Quel document allez-vous consulter pour savoir comment communiquer avec les parties prenantes ?
- Le plan de gestion des parties prenantes
- Le plan de gestion des communications
- La matrice RACI
- Communications du projet
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Corrigé du quiz en bas de cet article [1].
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Quelle différence peut-on faire entre le Radeau de la Méduse et le programme Apollo 11 ? Un indice ? Relisez le titre de cet article pour le savoir. Vous l’aurez compris, on ne peut rien accomplir de grand en étant dans la méfiance, l’irrespect, l’antipathie ou la mauvaise foi. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les processus qui font la différence dans un projet. Ce sont bien les femmes et les hommes qui composent ces processus. Bien sûr, il leur faudra des compétences techniques indiscutables, c’est le minimum qu’on puisse attendre d’une équipe souhaitant marcher sur la lune. Mais au-delà de celles-ci, il leur faudra des compétences interpersonnelles et de l’implication. Souvenez-vous de l’implosion de l’équipe de France de football lors de la coupe du monde de 2010. Il était moins question de défaillances techniques de l’équipe de France que de défaillances interpersonnelles et motivationnelles. Les joueurs n’adhéraient pas à la vision de Raymond Domenech [2], qui manquait de lucidité sur le plan relationnel (notamment avec certains joueurs [3]) et l’écosystème de la fédération française de football n’a pas favorisé le collectif.
C’est la raison pour laquelle, le PMI® nous invite à identifier, analyser, hiérarchiser et suivre les parties prenantes d’un projet. D’ailleurs, le PMI® a historiquement mis l’accent sur cette idée : « impliquer les parties prenantes de manière efficace ». Même si cette formulation n’est plus présentée comme un principe à part entière, la notion de « partie prenante » reste extrêmement présente dans le PMBOK®, où elle est mobilisée de façon récurrente. C’est d’ailleurs sur cette capacité « managériale » que se fait vraiment la différence entre l’intelligence artificielle et le chef de projet.
SAVOIR GÉRER LES PARTIES PRENANTES : MON ANECDOTE
Il y a quelques années, j’ai été nommé responsable d’un projet d’envergure par un directeur général pour participer à la transformation d’un parcours client. Après avoir initialisé et planifié le projet dans ses grandes lignes, je devais animer sa présentation un lundi matin pour préparer son kick-off, la semaine suivante.
Le jour de la réunion de présentation, à ma grande surprise, le commanditaire du projet (le directeur général donc) a eu un empêchement. J’étais seul face aux membres du comité exécutif avec le sponsor du projet. Je me demandais s’il fallait annuler la réunion. Le sponsor et les membres du comité exécutif ont souhaité que la présentation du projet se passe comme si de rien n’était en faisant abstraction de cet impondérable.
Lors de la présentation des objectifs, le numéro 2 de l’entreprise, le directeur général adjoint avait à plusieurs reprises, émis des objections sur le projet, tantôt par rapport à ses livrables, tantôt par rapport à ses coûts. Mais je n’ai pas cru devoir bon de les traiter immédiatement et sérieusement, puisqu’ils étaient pour partie en contradiction avec ceux du commanditaire principal du projet, le directeur général.
J’étais face à un dilemme et il fallait décider rapidement : devais-je argumenter pour stopper le lancement du projet ? Devais-je poursuivre le projet tel qu’il avait été initié par le directeur général ? Où devais-je repartir sur un nouveau projet avec les nouvelles directives du numéro 2 de la société, le directeur général adjoint ? J’ai commis une erreur stratégique ! J’ai suggéré au n°2 de garder le projet tel qu’il avait été initié par son commanditaire initial et je n’ai pas suffisamment pris en compte les objections du numéro 2 de l’entreprise. Résultat : le projet a été exécuté mais, dès que le numéro 2 de l’entreprise a pu nous sanctionner, il ne s’est pas gêné pour le faire. En fait, j’avais pris une décision sur la base d’informations incomplètes : le comité exécutif était encore sous le choc d’un rebondissement interne. Ils ne m’avaient pas informé du fait que le directeur général, le commanditaire initial du projet, venait d’être limogé !
Avec le recul, je pense qu’il faut éviter à tout prix – en tant que chef de projet – de prendre ce genre de décision et se positionner davantage en « facilitateur » pour laisser les autres décider en connaissance de cause. J’étais face à un jeu de pouvoir que je n’avais pas bien cerné.
Que dit le guide PMBOK® à ce sujet ? Le PMBOK® nous incite à identifier les parties prenantes le plus tôt possible et surtout, à analyser les intérêts particuliers de celles-ci, car ils peuvent évoluer tout au long du projet. C’est la grande leçon de cette anecdote.
« Analyse des parties prenantes [4] : technique qui consiste à recueillir et à analyser systématiquement les informations quantitatives et qualitatives afin de déterminer quels intérêts particuliers doivent être pris en compte tout au long du projet.»
L’idée étant de pouvoir procéder par étapes successives :
Etape 1 : Identifier. Identifiez (globalement) les parties prenantes de votre projet en regardant qui pourra être affecté par le livrable du projet : les clients, les fournisseurs, les instances dirigeantes, les voisins, etc. Pour ce faire, vous allez avoir besoin d’un registre des parties prenantes que vous remplirez au fur et à mesure (cf. schéma n°1) et d’élaborer un « plan d’engagement des parties prenantes » [5]. Il s’agit d’un document qui précise les modèles, techniques ou artéfacts que vous allez utiliser pour impliquer les parties prenantes. Généralement, on utilise des modèles d’accompagnement au changement comme le modèle ADKAR, le modèle de KOTTER ou encore le modèle de Virginia Satir. etc. Ces modèles sont présentés dans le guide PMBOK®, n’hésitez pas à les parcourir.[6]
Etape 2 : Comprendre et analyser. Comprendre leur statut, c’est comprendre leur niveau de pouvoir, de crédibilité ou d’intérêt dans le projet. Il existe quelques modèles à ce sujet : matrice de pouvoir/intérêt, cube des parties prenantes, modèle de prédominance (appelé également « Salience model »), etc. Il s’agit également d’analyser les motivations susceptibles d’intéresser les parties prenantes pour pouvoir à terme adopter la bonne stratégie.
Extrait [7] : « pour un jeune passionné d’histoire antique ayant comme objectif d’être recruté pour participer à une exposition d’archéologie, tous les messages liés à l’archéologie seront probablement traités de manière centrale, car en rapport étroit avec les objectifs du sujet. De la même façon, son implication envers le message relatif à l’archéologie sera renforcée si, avant l’exposition, il apprend qu’il sera invité à participer à un débat ou à une conférence sur ce thème. »
Etape 3 : Hiérarchiser. Après avoir compris leur niveau de pouvoir/intérêt dans le projet, vous pourrez sans doute mieux les hiérarchiser par ordre d’importance. Dans l’anecdote expliquée ci-avant, il y avait un fort enjeu de pouvoir et d’intérêt pour le projet ce qui aurait dû me pousser à placer la demande du directeur général adjoint en première position. Mais encore une fois, cette hiérarchisation était compliquée car il nous manquait l’information centrale de la matinée, à savoir « le limogeage » du directeur général (commanditaire du projet).
Etape 4 : Engagement. Cela consiste à recueillir les attentes et/ou exigences des parties prenantes en matière de communication ou de sollicitation (pour « évaluer » régulièrement ce niveau d’engagement, vous aurez probablement besoin de la « matrice d’évaluation de l’engagement des parties prenantes [8] »).
Etape 5 : Suivi/Maîtrise. Enfin, il s’agira de vérifier si la stratégie utilisée est efficace ou non.
Schéma n°1 : exemple de registre des parties prenantes
Identifier les parties prenantes : agir en stratège !
1. Privilégiez la non-immédiateté (la « médiateté ») :
Dans le PMBOK®, vous entendrez parler de stratégie de retrait/évitement pour gérer les conflits.
Ce peut être une excellente tactique.
2. Ne vous occupez pas des opposants au projet trop vite :
Les consultants en conduite du changement le savent bien : si on veut faciliter l’adoption d’un produit ou service,
il vaut mieux s’intéresser d’abord aux « alliés », c’est-à-dire à ceux qui croient au projet
plutôt qu’à ceux qui s’y opposent.
Attention : cette stratégie [9], également appelée « stratégie des alliés », n’est pas à prendre au pied de la lettre,
surtout si vous passez l’examen de la
formation PMP® prochainement.
3. Relayez les éléments de langage importants :
Parfois, il est essentiel de parler d’une seule voix et d’éviter des discours discordants.
4. Déléguez le rôle de facilitateur :
Plutôt que de vous exposer en première ligne, sollicitez un expert (subject matter expert),
c’est-à-dire une personne reconnue et respectée dans l’organisation, pour animer les réunions sensibles.
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Sources et références :
[1] Corrigé du quiz : Réponse B. Les questions qui cherchent à savoir « comment on fait telle ou telle chose » portent sur les « plans ». A noter que dans le PMBOK®, on les appelle « plans de management subsidiaires » (parfois on les appelle aussi « plans secondaires »). Ici on parlait de communication, donc il s’agissait de préciser comment communiquer avec chaque partie prenante (à quelle fréquence, avec quelle méthode, avec quel média, etc.). Si la question avait été : « quelle stratégie mettre en œuvre pour faire adhérer telle partie prenante au projet ? » Il aurait fallu sélectionner « plan de gestion des parties prenantes ».
[2] Cf. le documentaire intitulé : « Anelka : l’incompris », Netflix
[3] Cf. le livre intitulé : « Tout seul : souvenirs », Raymond Domenech
[4] Cf. PMBOK®
[5] Cf. plateforme intitulée : PMIstandards+ (nouvelle plateforme du PMI®)
[6] Il peut également s’agir de techniques de management internes à l’entreprise
[7] Extrait de Claude Chabrol, Miruna Radu, Psychologie de la communication et de la persuasion, De Boeck, 2008
[8] Cf. Plateforme PMIstandards+ : tapez « Stakeholder engagement matrix template » dans le moteur de recherche.
[9] Cf. l’élan sociodynamique, de Jean-Christian Fauvet. 2004.
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Un article très pertinent et bien documenté. On ne saurait imaginer autre chose pour un sujet aussi technique. C’est fascinant je trouve de voir qu’il est possible de décomposer le processus. Merci à vous Good Job !
Merci beaucoup Nico06 ! 🙂
Franchement, cet univers m’est inconnu. Mais on sent clairement ton expertise, et ta maîtrise du sujet 😉