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Bruno DOUCENDE - Interview d'expert - No Code

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Votre MVP en un clin d’œil avec le NO-CODE ! Interview de BRUNO DOUCENDE :

Cet article est une retranscription Ă©crite complète de l’interview qui a Ă©tĂ© initialement rĂ©alisĂ©e au format podcast (cf. player ci-dessus). 

Tarik Cherkaoui : Amis PromĂ©thĂ©istes, bonjour, bonsoir, soyez les bienvenus dans ce podcast oĂą nous allons nous demander aujourd’hui si la rĂ©volution du No-code en informatique est un bon raccourci pour l’action du chef de projet vers son MVP (Minimum Viable Product / produit minimum viable). Et pour ce faire, j’ai le plaisir – que dis-je – l’honneur d’accueillir Bruno Doucende, fondateur de la sociĂ©tĂ© Synertic et prĂ©sident du PMI® France, pour nous en parler. Vous ĂŞtes prĂŞts les amis ? Allez, c’est parti, gĂ©nĂ©rique… (GĂ©nĂ©rique) Bruno Doucende, bonjour.

Bruno Doucende : Bonjour Tarik 

Tarik Cherkaoui : Bruno, merci encore infiniment d’avoir acceptĂ© cette invitation. Alors est-ce que tu pourrais, peut-ĂŞtre avant qu’on commence, te prĂ©senter Ă  la communautĂ© un petit peu pour nous dire ce que tu fais au quotidien.

Bruno Doucende : Je suis de formation ingĂ©nieur informatique, diplĂ´mĂ© de l’EFREI. J’ai travaillĂ© essentiellement dans des sociĂ©tĂ©s de services, ce qu’on appelait Ă  l’Ă©poque SSII ou ESN aujourd’hui. Également chez des Ă©diteurs de logiciels. Donc j’ai fait du dĂ©veloppement logiciel. J’ai ensuite Ă©tĂ© chef de projet pour gĂ©rer un certain nombre de projets. J’ai pris la tĂŞte d’unitĂ© de recherche et dĂ©veloppement en conception logiciel et en exploitation d’infrastructures. J’ai connu l’avènement de l’Internet, j’ai connu aussi l’explosion de la bulle Internet dans les annĂ©es 2000. Et puis Ă  un moment donnĂ©, j’ai eu plutĂ´t envie de prendre un petit peu de recul, donc je me suis installĂ© comme indĂ©pendant en consulting sur les systèmes d’information. Je fais aussi de la formation auprès d’Ă©cole d’ingĂ©nieur. Et puis l’envie de retrouver la notion de collectif et de projet a fait que j’ai fini par crĂ©er la sociĂ©tĂ© Synertic en 2010, donc ça fait maintenant 14 ans. On s’est spĂ©cialisĂ© dès le dĂ©part dans la crĂ©ation d’applications mobiles sur mesure (c’Ă©tait l’avènement du smartphone et l’iPhone venait de sortir). Et puis, en 2015, j’ai dĂ©cidĂ© de lancer un projet qui nous permet effectivement de crĂ©er notre propre solution, en No-code et Low-code qui nous permet aussi de donner la main aux utilisateurs pour dĂ©velopper des applications mobiles.

Par ailleurs, je suis membre et bĂ©nĂ©vole du PMI® France depuis plus de 15 ans maintenant. Et j’ai l’honneur aujourd’hui de prĂ©sider cette fabuleuse association avec ses 5300 membres et plus de 230 bĂ©nĂ©voles au service de la communautĂ© des projets.

Tarik Cherkaoui: Et merci encore une fois infiniment d’avoir acceptĂ© cette invitation cher Bruno.

Bruno Doucende : Merci Ă  toi.

Tarik Cherkaoui: Et merci aussi pour ce parcours brillant d’entrepreneur, très innovant, très enrichissant et très inspirant en tout cas en ce qui me concerne. Alors Bruno, je t’ai proposĂ© cette invitation pour qu’on puisse parler du No-code. Tu as Ă©crit un livre blanc sur le sujet et ça m’a tout de suite intĂ©ressĂ©, parce que je crois qu’il y a des points Ă  voir avec le mĂ©tier de chef de projet et c’est ce dont on va parler aujourd’hui. Alors peut-ĂŞtre qu’on pourrait rappeler ce qu’est le No-code, c’est quoi le No-code et en quoi le No-code pourrait d’après toi aider les chefs de projet dans leur quotidien ?

C’est quoi le No-code et en quoi le No-code pourrait aider les chefs de projet dans leur quotidien ?

Bruno Doucende : Alors le No-code, c’est la contraction de « pas de code ». Le code, c’est effectivement ce qu’on appelle le langage de programmation qui est utilisĂ© par les dĂ©veloppeurs pour crĂ©er des applications, que ce soit des applications logicielles sur des ordinateurs, que ce soit des sites internet, des sites web, des web apps, et puis Ă©galement des applications mobiles. Et donc en fait, une plateforme No-code, c’est ce qui va permettre Ă  des utilisateurs, qui n’ont pas cette connaissance en programmation, de pouvoir quand mĂŞme crĂ©er des applications, des programmes. Et tout ça Ă  travers une interface graphique assez intuitive, avec la possibilitĂ© de faire du paramĂ©trage relativement simple, mais qui leur permet effectivement de pouvoir crĂ©er des applications sans se soucier de ces aspects techniques d’architecture, de langage de programmation. Donc ça va leur permettre de crĂ©er et d’exploiter ces applications très simplement, puisque justement ça ne nĂ©cessite pas de connaissances en programmation. De façon aussi très rapide, parce qu’en quelques jours, on va pouvoir crĂ©er une application lĂ  oĂą il fallait Ă©ventuellement plusieurs mois.

Tarik Cherkaoui: Quelques jours !

Bruno Doucende : […] Oui quelques jours, et… mĂŞme quelques heures ! Tout dĂ©pend, je dirai, du pĂ©rimètre de l’application. Et puis donc son corollaire, c’est que forcĂ©ment, les coĂ»ts de crĂ©ation de ces applications se trouvent Ă©normĂ©ment rĂ©duits, puisqu’on rĂ©duit le temps de crĂ©ation.

Tarik Cherkaoui: D’accord ! Donc, quand tu dis “pas de connaissances en programmation” : est-ce qu’en faisant des copier-coller, on peut crĂ©er une application mobile ?

Bruno Doucende : Oui, mĂŞme plus simple, je dirai, puisque une interface graphique, avec ce qu’on appelle les drag and drop, que l’on va pouvoir crĂ©er des blocs fonctionnels et visuels.

Tarik Cherkaoui: Oui

Bruno Doucende : Je les mets Ă  tel endroit ou Ă  tel endroit. Alors, je vais Ă©ventuellement faire du copier-coller de bloc, en fait de la duplication de bloc pour ĂŞtre prĂ©cis. Mais oui, c’est aussi simple que ça. En gros, quelqu’un qui se dĂ©brouille, je dirais, avec Excel, peut tout Ă  fait, ĂŞtre Ă  mĂŞme de pouvoir crĂ©er son application avec des bons outils de No-code et Low-code.

Tarik Cherkaoui: En tout cas, ça donne vraiment envie d’en savoir plus. LĂ , tu as vraiment Ă©veillĂ© ma curiositĂ©. Écoute, justement, je vais te faire travailler un petit peu ce matin, Bruno. Alors, je te propose d’imaginer une situation, on va prendre le cas d’un chef de projet qui a Ă©tĂ© sollicitĂ© par une entreprise X. VoilĂ , on va dire que c’est une petite PME qui rĂ©pare des câbles Ă©lectriques, mais j’aurais très bien pu dire par exemple que c’est une sociĂ©tĂ© qui livre de pizzas Ă  domicile (enfin peu importe). VoilĂ , elle a sollicitĂ© un chef de projet pour amĂ©liorer son offre de service, sa qualitĂ©, sa sĂ©curitĂ©. Et puis le chef de projet, il se rend compte que cette entreprise, elle a des processus un petit peu archaĂŻques, elle va voir la direction des services informatiques, ce qu’on appelle la DSI. Et puis la DSI, elle lui rĂ©pond oui mais… effectivement, tu as raison, on a des processus un petit peu archaĂŻques, mais on n’a pas beaucoup de ressources, donc on est obligĂ© de composer avec. Alors comment – est-ce que d’après toi – ce chef de projet pourrait mener Ă  bien ce type de projet via le No-code ?

Bruno Doucende : Alors, voilĂ , c’est vraiment l’exemple typique, c’est quelque chose qu’en plus, je pourrais un petit peu reconnaĂ®tre Ă  travers nos diffĂ©rents clients. Alors admettons qu’une usine ait besoin (dans le cadre de ses procĂ©dures qualitĂ© et sĂ©curitĂ©) de remplir des formulaires papier pour faire des audits, pour faire des visites de sĂ©curitĂ©, pour Ă©ventuellement dĂ©clarer des anomalies ou pour vĂ©rifier que les interventions ont bien Ă©tĂ© faites.

Eh bien, très souvent tout ça, c’est fait Ă  travers des systèmes « papiers », dans lesquels quand tu veux modifier certaines informations, il te faut remodifier ce formulaire, il faut les rĂ©imprimer. Ensuite, quand c’est exploitĂ©, ces papiers remplis peuvent se perdre, ça peut ĂŞtre illisible parce que tâchĂ© ou parce que dĂ©chirĂ©. Et puis si derrière, tu veux exploiter les donnĂ©es, il faut les ressaisir, il faut que quelqu’un les ressaisisse. Tout ça, c’est des erreurs.

Tarik Cherkaoui: Oui, c’est une perte de temps.

Bruno Doucende : Oui et effectivement, les DSI, on sait qu’elles sont souvent contraintes par leurs ressources diverses (aussi bien financières qu’humaines). Et le projet de notre pauvre chef de projet, eh bien, il va passer dans une pile, mais pas en haut, il sera vraiment en bas de la pile. Et lui, le chef de projet, qu’est-ce qu’il va faire ? Vraisemblablement, Ă  un moment donnĂ©, soit ça va le dĂ©motiver, soit il va essayer de trouver des outils plus ou moins existants, s’il est un peu bidouilleur, il va essayer d’installer des outils qui ne sont pas du tout approuvĂ©s par la DSI et qu’il va mettre sur son PC avec peut-ĂŞtre des problèmes de compatibilitĂ© ou mĂŞme de sĂ©curitĂ©.

Alors lĂ  oĂą effectivement le No-code pourrait apporter une solution pour notre chef de projet, c’est effectivement de dire que la DSI va pouvoir sĂ©lectionner un outil en No-code, elle va l’intĂ©grer ensuite dans son système d’information (après avoir vĂ©rifiĂ© qu’il n’y ait pas de faille de sĂ©curitĂ© bien entendu). Ce qui lui permettra de mettre en place des passerelles avec son système d’information. Et puis, elle va ensuite former, les chefs de projet mĂ©tier de l’organisation.

Et donc lĂ , notre fameux chef de projet, qu’est-ce qu’il aurait Ă  faire ? Eh bien, il aurait tout simplement Ă  crĂ©er autant de formulaires qu’il y avait par le passĂ© de fiches d’audit ou de sĂ©curitĂ©. Ça ne lui prendrait vraisemblablement que quelques minutes parce qu’en plus, il a dĂ©jĂ  dans sa tĂŞte ce que doivent comporter ces fiches. Et il n’aurait plus qu’ensuite Ă  les dĂ©ployer pour que les autres personnes [1] puissent les renseigner au moment opportun.

Et toutes ces informations seraient remontĂ©es automatiquement, dans le système d’information de la DSI. Donc, elle aurait une capacitĂ© de pouvoir exploiter vraiment ces donnĂ©es, d’avoir des indicateurs et d’avoir une « vraie » analyse pour savoir si les actions de sĂ©curitĂ© et de qualitĂ© sont efficaces ou non.

Et puis, si Ă  un moment donnĂ©, le chef de projet se rend compte qu’il lui manque des donnĂ©es, par exemple, il pourrait lui-mĂŞme rajouter de nouveaux formulaires ou rajouter des donnĂ©es dans ses formulaires. Donc, il serait en fait autonome, il n’aurait pas besoin de solliciter la DSI. Il ferait effectivement preuve de responsabilitĂ© en mettant en quelques minutes ou en quelques heures, toutes ces pratiques au service de l’ensemble de l’entreprise.

Tarik Cherkaoui: D’accord c’est effectivement très intĂ©ressant. Donc, on a parlĂ© beaucoup d’autonomie, finalement, par rapport Ă  l’action du chef de projet non technique, du coup, quand tu dis chef de projet mĂ©tier, tu veux parler du dĂ©partement marketing, du dĂ©partement commercial, du dĂ©partement des opĂ©rations, etc. C’est bien ça ?

Bruno Doucende : Exact !

Tarik Cherkaoui: D’accord, c’est donc tout type de chef de projet qui interviendrait dans l’entreprise sans avoir cette casquette « technique ». Et donc, grâce Ă  des outils de type No-code, il deviendrait autonome pour proposer des produits innovants pour pouvoir faire son petit bonhomme de chemin. Alors, on a parlĂ© un petit peu des avantages. Est-ce que tu vois encore d’autres avantages qu’offrirait le No-code ? Mais aussi, puisqu’on parle d’avantages, on est aussi obligĂ© un petit peu de parler des inconvĂ©nients. Est-ce que tu vois aussi quelques inconvĂ©nients Ă  utiliser le No-code ?

Ce serait quoi les avantages et inconvĂ©nients du NO-CODE d’après toi ? 

Bruno Doucende : Alors, moi, ce que je rajouterais d’abord dans les avantages c’est la simplicitĂ© et donc la rapiditĂ©. C’est-Ă -dire que lĂ  oĂą il fallait du temps pour pouvoir faire des saisies manuelles, des remontĂ©es, etc. On va pouvoir aller beaucoup plus vite. Donc forcĂ©ment, ça va permettre de rationaliser les coĂ»ts, de dĂ©gager du temps pour pouvoir se concentrer sur son cĹ“ur de mĂ©tier. C’est-Ă -dire faire ce que son mĂ©tier apporte vraiment en valeur. Donc, on optimise aussi cette notion de ressource.

Il y a aussi, l’autonomie, on en a parlĂ©, mais au-delĂ  de l’autonomie, je parlerais aussi de crĂ©ativitĂ©. Parce qu’être plus autonome, c’est ĂŞtre plus crĂ©atif. On voir pouvoir faire preuve de plus d’initiative, on va pouvoir faire des dĂ©monstrations, prĂ©senter des MVP (Minimum Viable Product) Ă  sa hiĂ©rarchie, etc. En dĂ©finitive, on va pouvoir rendre les gens, en gĂ©nĂ©ral, plus efficaces.

De ce fait, on favorise aussi la productivitĂ© et mĂŞme la qualitĂ© de service, puisque forcĂ©ment, on va pouvoir aller plus loin par rapport, aux services offerts. Et puis, par rapport Ă  ce qu’on dĂ©taillait au dĂ©part, on contribue Ă  ce qu’on appelle la lutte contre le Shadow IT. C’est-Ă -dire qu’en fait, puisque les personnes sont autonomes et qui peuvent eux-mĂŞmes crĂ©er leurs propres outils, il n’y a plus besoin d’aller bidouiller, ou d’aller rĂ©cupĂ©rer des applications plus ou moins fiables Ă  droite et Ă  gauche. Donc, effectivement, pour la DSI, c’est aussi un gage de contrĂ´le, de l’ensemble de son système d’information pour qu’il n’ait pas de vulnĂ©rabilitĂ©.

Tarik Cherkaoui: Oui, quand tu dis “Shadow IT”, c’est le fait d’aller par ses propres moyens, trouver un petit peu des petits logiciels qui nous rendent bien service, mais qui pourraient potentiellement, si on les installe sur un bureau informatique, ĂŞtre piratĂ©s ou avoir des problèmes de failles de sĂ©curitĂ© ou des choses comme ça. 

Bruno Doucende : Exact ! Alors, pour rĂ©pondre sur la partie inconvĂ©nient, ce que tu disais tout Ă  l’heure, c’est que… dĂ©jĂ , il ne faut pas croire que le No-code, c’est une baguette magique qui rĂ©sout tous les problèmes.

Tarik Cherkaoui: Tu nous confirmes qu’il n’y a pas de baguette magique et je suis très heureux de te l’entendre dire.

Bruno Doucende : Le jour oĂą quelqu’un dĂ©couvre la baguette magique, qui nous appelle, parce que moi, je suis hyper intĂ©ressĂ©. Mais malheureusement, je crois que ce n’est pas encore le cas. Donc forcĂ©ment, il y a effectivement des inconvĂ©nients. DĂ©jĂ , le premier inconvĂ©nient, c’est un peu un Ă©tat d’esprit, et très souvent, je le constate, c’est de penser que les outils rĂ©solvent tous les problèmes.

 

« La beautĂ© de l’Ĺ“uvre d’un Ă©bĂ©niste ne rĂ©side pas dans le fait d’avoir de bons outils, mais dans la capacitĂ© Ă  les utiliser »

En fait, ce ne sont pas les outils qui rĂ©solvent les problèmes. C’est la façon d’utiliser l’outil, c’est la façon de maĂ®triser l’outil qui rĂ©sout les problèmes, ce n’est pas l’outil en lui-mĂŞme. Donc ça, c’est très important. Je le dis souvent, tu prends toujours la comparaison avec un Ă©bĂ©niste, ce qui fait la beautĂ© de son Ĺ“uvre, c’est effectivement le fait qu’il a des bons outils, mais c’est surtout qu’il sait les utiliser. Et donc c’est ça qui est important. Ça veut dire que malgrĂ© le fait que ce soit simple, ça nĂ©cessite quand mĂŞme d’avoir de la formation ou en tout cas un support pour pouvoir utiliser au mieux ces outils, parce que très souvent, ils offrent un Ă©ventail de paramĂ©trages importants. Quand on ne maĂ®trise pas tous ces paramĂ©trages, on peut peut-ĂŞtre faire un certain nombre d’erreurs. Après, je dirais que plutĂ´t que d’inconvĂ©nients, c’est des points de vigilance sur lesquels il faut ĂŞtre attentif. Et notamment, c’est aussi un peu le rĂ´le de la DSI, c’est de s’assurer effectivement qu’on reste bien dans un cadre de sĂ©curitĂ© important. Souvent, ce sont des outils qui sont sur le cloud. Donc, il faut connaĂ®tre la sensibilitĂ© des donnĂ©es qu’on va traiter ? La capacitĂ© de pouvoir s’interopĂ©rer avec l’existant.

Tarik Cherkaoui: Quand tu dis interopĂ©rer, c’est le fait, par exemple, de pouvoir connecter un site A avec Facebook, avec Google, avec d’autres plateformes ?

Bruno Doucende : Exact, avec d’autres plateformes, et mĂŞme aussi d’autres applications de la sociĂ©tĂ© ou de l’entreprise. Il s’agit de la capacitĂ© Ă  Ă©changer des informations, c’est-Ă -dire d’avoir la possibilitĂ© de partager toutes les donnĂ©es que je collecte via l’application No-code que j’ai dĂ©veloppĂ©e avec une autre application au sein de l’entreprise. Et l’idĂ©e d’interopĂ©rabilitĂ© sous-jacente vise Ă  Ă©viter d’avoir une application isolĂ©e qui fonctionne en silo, sans profiter de l’ensemble du système d’information existant.

Tarik Cherkaoui: Oui, ce qui serait dommage, effectivement.

Bruno Doucende : Il peut y avoir aussi une problĂ©matique de ce qu’on appelle la scalabilitĂ©, qui est un terme un peu barbare. En gros, c’est la capacitĂ© de rĂ©sister Ă  une demande intense, c’est-Ă -dire Ă  un grand nombre d’utilisations qui pourrait dĂ©passer la capacitĂ© des serveurs, qui entraĂ®nerait une dĂ©gradation des performances.

Donc ça, c’est un point aussi sur lequel il faut ĂŞtre vigilant.

Puis, il y a un autre aspect, c’est que souvent, ces outils-lĂ , je dis souvent parce que ce n’est pas forcĂ©ment vrai Ă  100%, mais ce sont des logiciels de type cloud (donc basĂ© sur de l’usage). Très souvent, ces outils, on n’en est pas propriĂ©taire. Donc, les donnĂ©es restent propriĂ©taires de l’utilisateur, mais l’application en tant que telle ne l’est pas. On a Ă©ventuellement une problĂ©matique de propriĂ©tĂ© intellectuelle.

Ce point-lĂ  peut ĂŞtre important. Mais il faut aussi noter que la possession d’une application ne garantit pas nĂ©cessairement sa pĂ©rennitĂ©. Cela soulève une problĂ©matique similaire Ă  celle de dĂ©cider d’acheter ou de louer une voiture aujourd’hui.

On est un peu dans la mĂŞme problĂ©matique, donc ça dĂ©pend du contexte. Et donc, la consĂ©quence de cette problĂ©matique, c’est cette notion de rĂ©versibilitĂ©. En d’autres termes, si Ă  un moment donnĂ©, je souhaite changer d’outil, parce que l’Ă©diteur actuel est dĂ©faillant ou pour une toute autre raison, je dois savoir comment je pourrais rĂ©cupĂ©rer mes donnĂ©es ? J’ai besoin de savoir comment je pourrais Ă©ventuellement les intĂ©grer dans d’autres solutions. Cette question est cruciale, car c’est souvent lĂ  que tout commence.

Tarik Cherkaoui: Donc, peut-être prévoir une espèce de système de royalties ou de transfert de propriété ?

Bruno Doucende : La capacitĂ© surtout de pouvoir rĂ©cupĂ©rer mes donnĂ©es, surtout. Pour ĂŞtre sĂ»r qu’effectivement, elles ne soient pas perdues.

Tarik Cherkaoui: D’accord. Merci infiniment pour ces Ă©clairages, Bruno. Je te propose qu’on passe maintenant Ă  un tout autre sujet. En prĂ©parant cette Ă©mission, on s’est aussi posĂ© la question du futur de la gestion de projet, parce que finalement, il y a tous ces outils qui arrivent et qui, Ă  chaque fois, disrupte entre guillemets ce marchĂ© (et ces marchĂ©s), et puis l’Ă©cosystème dans lesquels Ă©voluent les chefs de projets. Alors, ce serait quoi pour toi le futur de la gestion de projet ? Est-ce que demain, on aura encore besoin de chefs de projets d’après toi ?

Bruno Doucende : Je pense que plus que jamais, on aura besoin de chef de projet, puisqu’en fait aujourd’hui, tout est pratiquement « projet ». D’ailleurs, on parle souvent d’Ă©conomie de projet, donc on aura toujours besoin forcĂ©ment de gens qui managent des projets, managent des portefeuilles de projets. pour moi, c’est vital. Alors, il est clair que le mĂ©tier de chef de projet va Ă©voluer comme il Ă©volue depuis un certain temps. Et c’est vrai qu’on parle de plus en plus d’intelligence artificielle aujourd’hui. Donc, je dirais qu’il y a trois questions, notamment Ă  travers cette Ă©volution qu’il faut se poser. Les trois questions de base pour moi, ce serait :

1/ Qu’est-ce que ne fera plus le chef de projet ?

2/ Qu’est-ce qu’il fera diffĂ©remment par rapport Ă  aujourd’hui ?

3/ Et puis, qu’est-ce qu’il fera en plus ?

C’est-Ă -dire qu’il aura certainement des choses Ă  faire en plus, donc des compĂ©tences nĂ©cessaires, supplĂ©mentaires. Et notamment, la maĂ®trise de ces outils-lĂ , la maĂ®trise des outils liĂ©s Ă  l’intelligence artificielle sera forcĂ©ment dans ce pĂ©rimètre-lĂ . C’est difficile aujourd’hui de rĂ©pondre Ă  ce qui va se passer dans l’avenir. Ça, c’est au-delĂ  de la magie, c’est la boule de cristal. 🙂

Le deuxième point qu’il faudrait qu’on ait. Et ce dont on est certain, c’est qu’on aura encore besoin de son intelligence Ă  lui en tant qu’humain, en termes de crĂ©ativitĂ©, en termes de…

Tarik Cherkaoui: Coordination de ses équipes

Bruno Doucende : VoilĂ , et puis d’esprit critique. Et puis il y a cette fameuse relation humaine qui est quand mĂŞme hyper importante dans les projets avec l’ensemble des parties prenantes. Ça ne pourra pas ĂŞtre des robots, des tchats ou des chatbots, tout ce que tu veux, qui vont assurer toute la communication. Elles assurent une partie de ces Ă©lĂ©ments, je pense que ces outils seront prĂ©cieux dans l’aide Ă  la dĂ©cision pour qu’ils aident les chefs de projet Ă  ĂŞtre plus efficaces. On parle souvent du concept de « chef de projet augmenté« , parce que ces outils vont aider les chefs de projet dans leur capacitĂ© et dans leur prise de dĂ©cision quotidiennes.


Tarik Cherkaoui: Ce serait une espèce de cyborg !  Entendu. Ok, Ă©coute, merci encore une fois pour cette clarification et pour nous avoir aussi apportĂ© ton avis sur ces questions qui sont un petit peu Ă©nigmatique, en tout cas pour le commun des mortels. Alors Bruno, on arrive bientĂ´t Ă  la fin de ce podcast, c’est presque fini. Alors comme tu le sais, cette chaĂ®ne, elle s’adresse aussi Ă  tous les chefs de projets qui aimeraient faire reconnaĂ®tre leur expĂ©rience professionnelle de chef de projet Ă  travers la certification PMP®. Alors c’est une certification oĂą parfois des candidats, un peu comme certains diplĂ´mes, comme tous les diplĂ´mes quelque part, sont un peu inquiets, soient un petit peu anxieux par rapport Ă  cet examen. Est-ce que tu aurais un conseil Ă  donner Ă  des candidats qui se prĂ©parent actuellement Ă  cette certification ? VoilĂ , en termes de mindset, en termes d’Ă©tat d’esprit, ce serait quoi pour toi, les conseils que tu pourrais donner ?

Bruno Doucende : Alors les conseils, ils sont nombreux. Je suis ton podcast et je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui ont apportĂ© dĂ©jĂ  des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponse Ă  cette question. Moi, je pense qu’il y a quelque chose d’important qui peut ĂŞtre intĂ©ressant, c’est de ne pas rester seul et idĂ©alement de pouvoir crĂ©er un petit groupe de travail entre plusieurs personnes qui sont justement dans la mĂŞme dĂ©marche de passer cet examen et d’essayer au-delĂ  de la formation …

Tarik Cherkaoui: Oui

Bruno Doucende : De l’accompagnement, du coaching qu’il peut y avoir, c’est qu’Ă  travers ce groupe-lĂ . Alors, je dirais, que ça pourrait ĂŞtre des petits groupes de deux Ă  cinq personnes. Il ne faut pas non plus qu’il y en ait trop, mais qui travaillent un petit peu, qui se soutiennent un peu moralement et qui partagent un petit peu leurs connaissances et ça permet aussi de gĂ©rer la motivation. Quand il y a quelqu’un qui a un petit un coup de mou, les autres sont lĂ  aussi pour un peu le relever. Ça permet de discuter, de faire Ă©ventuellement des simulations d’examens, de confronter les rĂ©ponses et dire pourquoi toi, tu as rĂ©pondu ça alors que moi, je pensais que c’Ă©tait plutĂ´t ça. Donc cette notion un peu de stimulation, je dirais d’expĂ©rience et mĂŞme d’intelligence collective, font qu’effectivement ça pourrait ĂŞtre une aide prĂ©cieuse puisque tout le monde est Ă  peu près au mĂŞme niveau, tout le monde a les mĂŞmes objectifs et donc ce partage-lĂ  peut ĂŞtre un Ă©lĂ©ment Ă  la fois de motivation et de perfectionnement. Alors, je pense que c’est important, mĂŞme si parfois ça peut ĂŞtre compliquĂ©, mais ceci dit, il existe des outils, ça peut ĂŞtre fait Ă  distance mais ça peut aussi ĂŞtre fait en prĂ©sentiel. Mais par contre, je pense qu’il faut s’imposer un planning, un rendez-vous…

Tarik Cherkaoui: Oui, un rituel.

Bruno Doucende : Voilà, qui permet effectivement de se retrouver, cette notion de stimulation me paraît quand même très importante.

Tarik Cherkaoui: Oui, je pense aussi parce qu’il y a une petite traversĂ©e du dĂ©sert, effectivement, pendant deux, trois mois et c’est toujours mieux quand on la fait Ă  plusieurs que quand on la fait seule, je suis totalement d’accord avec toi. Écoute, merci beaucoup ! VoilĂ , ça y est, on est dĂ©jĂ  arrivĂ© Ă  la fin de ce podcast. Alors pour conclure cette Ă©mission, j’ai pour coutume de proposer Ă  l’invitĂ© de faire passer un dernier message, est-ce qu’il y a une autre question que tu aurais aimĂ© que je te pose et que je ne t’ai pas posĂ©e, est-ce qu’il y a un dernier message que tu aimerais faire passer ?

Conclusion : Un dernier message à faire passer ?  

 

« Les bonnes réponses aux questions sont moins importantes que les réponses aux bonnes questions »

Bruno Doucende : Oui, moi, il y a quelque chose qui me tient Ă  cĹ“ur et d’ailleurs qui revient un peu dans la partie No-code et mĂŞme dans la partie chef de projet. Je dirais mĂŞme que c’est une hygiène de vie, c’est ce que j’appelle le questionnement permanent. Parce que dans la vie rien n’est très binaire, c’est assez paradoxal. Mais l’informatique, c’est en fait quelque chose qui repose sur des zĂ©ros et des uns. Et en fait, on s’aperçoit que la vie est quand mĂŞme beaucoup plus nuancĂ©e et qu’en matière de stratĂ©gie, gouvernance, de rĂ©solution de problème, ce n’est pas blanc ou noir. Et donc je le dis souvent moi Ă  mes Ă©quipes, je l’ai souvent dit Ă©galement Ă  mes Ă©tudiants lorsque je fais des interventions, les bonnes rĂ©ponses aux questions sont moins importantes que les rĂ©ponses aux bonnes questions. 

Et donc pour moi, c’est très important toujours de se poser beaucoup plus de questions que d’essayer de trouver des rĂ©ponses. Alors en plus, je trouve que c’est aussi un mal français au niveau Ă©ducation, c’est-Ă -dire qu’on essaie toujours d’apprendre aux gens de rĂ©pondre de la meilleure façon qui soit. Sur le principe, je dirais que oui, mais je dirais qu’avant tout, il faut rĂ©pondre parce que les vĂ©ritĂ©s, elles ne sont pas toujours Ă©videntes. Mais par contre, le fait de se poser toutes les questions, en tout cas les bonnes questions, ça va permettre effectivement d’ĂŞtre sĂ»r de ne pas passer Ă  cĂ´tĂ© d’une problĂ©matique qu’on n’aurait pas vu venir, donc de mettre en place Ă©ventuellement des solutions incomplètes. Si je prends l’exemple du No-code, c’est vrai pour le No-code, mais pour toute la programmation, c’est-Ă -dire quand on est très exhaustif dans le questionnement, dans les diffĂ©rents cas possibles, les cas usuels et non usuels, les cas nominaux, les cas plus ou moins improbables, on s’aperçoit que quand on ne se pose pas cette question, on passe Ă  cĂ´tĂ© de plein de choses, ce qui fait que typiquement l’application qu’on rĂ©alise ne fonctionne pas. Idem pour le chef de projet, si derrière, il ne se pose pas toutes les bonnes questions, il va passer Ă  cĂ´tĂ© de plein de choses qui font que son projet va dĂ©river, ou va carrĂ©ment ĂŞtre dans une situation critique. VoilĂ , donc le but c’est vraiment d’ĂŞtre assez exhaustif et pour ĂŞtre exhaustif, c’est de toujours se poser les questions, d’ĂŞtre dans ce questionnement permanent. Et puis tout Ă  l’heure, tu disais que j’ai Ă©crit un livre blanc, c’est un petit peu dans cet Ă©tat d’esprit-lĂ , c’est d’essayer d’apporter toute une liste de questions plus ou moins exhaustives. Mais je n’apporte pas les rĂ©ponses parce qu’en fait, en fonction du contexte, en fonction du cas, il n’y a pas de vĂ©ritĂ©. Donc c’est Ă  chacun d’apporter ses bonnes rĂ©ponses, mais parce qu’il s’est posĂ© surtout les bonnes questions. VoilĂ , donc c’est le message que je voulais faire passer.

 

Tarik Cherkaoui: D’accord, oui, parce que les questions sont toujours un petit peu aussi liĂ©es Ă  l’usage et au contexte auquel on va devoir faire face.

 

Bruno Doucende : ForcĂ©ment, voilĂ , il n’y a jamais de solution, ce que j’appelle moi la vĂ©ritĂ© absolue, donc en fonction de l’environnement, du contexte, des utilisateurs, des personnes, c’est forcĂ©ment le bon. Et c’est lĂ  oĂą l’agilitĂ© est importante, c’est lĂ  oĂą le No-code peut apporter cette notion de flexibilitĂ©, d’agilitĂ©, donc tout ça c’est très important.

Tarik Cherkaoui: Oui, il y a « bien faire », mais « faire les bonnes choses ». D’accord, Ă©coute, merci infiniment Bruno Doucende d’avoir acceptĂ© cette invitation et d’avoir partagĂ© avec nous ce petit moment autour du No-code. C’Ă©tait un rĂ©el plaisir en tout cas pour moi d’Ă©changer avec toi et j’espère aussi que ce sera un plaisir aussi pour vous, chers auditeurs, de nous avoir Ă©coutĂ©s et d’avoir Ă©coutĂ© Bruno.

Bruno Doucende : Merci beaucoup, c’Ă©tait un plaisir partagĂ© et j’espère effectivement que ta communautĂ© trouvera un intĂ©rĂŞt. En tout cas, merci beaucoup par rapport Ă  cette session et puis par rapport Ă  tout ce que tu fais parce que tes podcasts sont vraiment intĂ©ressants.

Tarik Cherkaoui: Écoute, merci infiniment et effectivement, je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils vont trouver ce podcast très utile parce que effectivement moi, j’ai dĂ©couvert cet univers du No-code et franchement, c’Ă©tait vraiment une petite bouffĂ©e d’oxygène pour ce qui me concerne. Merci Ă  vous chers auditeurs, en tout cas chers PromĂ©thĂ©istes, d’avoir Ă©coutĂ© ce podcast jusqu’Ă  la fin. Si vous l’avez apprĂ©ciĂ©, n’hĂ©sitez pas Ă  le liker, commenter, partager, pour faire profiter aussi d’autres personnes comme vous, d’autres professionnels, d’autres chefs de projet qui sont Ă  l’affĂ»t un peu de vos insights et en faire profiter la communautĂ©. Donc, je vous dis Ă  très bientĂ´t et merci encore Bruno et merci Ă  tous.

 

Bruno Doucende : Merci, bonne journée !

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Notes de bas de page : 

[1] Soit les personnes de son service, soit les utilisateurs de l’outil.Â